Les pneus : une source insoupçonnée de particules

Partout sur la planète

La source numéro un de pollution aux microplastiques dans la baie de San Francisco est aujourd’hui connue. Il s’agit de particules de plastique liées à l’usure des pneus, selon une campagne scientifique menée pendant 3 ans par le San Francisco Estuary Institute et 5 Gyres Institute et publiée octobre 2019. Les débris de pneus contribuent près de 300 fois plus à la pollution des eaux par les microplastiques que les vêtements ou les produits cosmétiques. Le trafic routier mondial génère annuellement près de 3 millions de tonnes de particules de pneus et 175 000 tonnes de particules de freins, d’après une étude du Norwegian Institute for Air Research publiée en juillet 2020.


Émissions annuelles mondiales de microplastiques de pneus (tyre wear particles TWP) et de métaux de freins (brake wear particles BWP) en 2014, estimées à 2907 kt et 174.6 kt respectivement - Nature Communications

Les particules les plus fines (PM10) voyagent et se déposent partout. Au total, 550.000 tonnes de particules ultrafines de pneus et de freins (de moins de 0,01mm) sont déposées dans l'environnement chaque année, dont presque la moitié jusque dans les mers et océans (200.000 tonnes). Ces particules peuvent rester dans l'air pendant plus d’un mois. 15% d’entre elles, soit 80.000 tonnes, se déposent sur des zones glaciaires lointaines (Arctique, glaciers alpins et himalayens), augmentant leur fonte, puisque ces particules absorbent la chaleur du soleil.

Chaque pneu émet 4 kg de particules pendant sa vie

La situation risque de continuer à s'aggraver avec l'électrification du parc de véhicules, car ces véhicules sont généralement plus lourds, ce qui implique davantage d'abrasion des pneus et des revêtements routiers et avec l’engouement pour les SUV (près de 40% des ventes de voitures neuves en France). Ces microparticules sont consommées par les humains, par le biais de l'eau et de la nourriture et de l'air et se retrouvent dans le corps humain, sans que leur impact sanitaire soit entièrement connu. On sait toutefois, que les particules ultrafines respirées dans l'air sont les plus toxiques, car elles peuvent traverser la barrière sanguine et se retrouvent dans tous les organes du corps.


La première source de pollution plastique dans le Léman

La première source de pollution plastique dans le Léman Entre 2018 et 2024, la quantité de plastique dans le Léman a doublé (50 à 100 tonnes), menaçant la santé humaine et la biodiversité. 33% viennent de l’abrasion des pneus, soit la première source de pollution plastique du lac, dont dépendent 65% des habitants du bassin lémanique pour leur eau potable. L'étude "Léman Plastic Action" a été réalisée par l'Association de Sauvegarde du Léman, une organisation Franco-Suisse.


Une pollution généralisée à Annecy

Des analyses exploratoires, commandées par l’équipe de journalistes d’investigation de France 5 qui avait révélé le scandale des PFAS en 2022, ont été réalisées par des laboratoires spécialisés en Norvège et en Suisse, pour un documentaire à paraître. Elles révèlent que des microparticules et des molécules chimiques entrant dans la composition des pneus sont présentes dans tous les échantillons d’eau et de sédiments puisés dans le lac d’Annecy, réputé le plus pur d’Europe, ainsi que dans l’air, les urines de volontaires et, dans une moindre mesure, l’eau potable.

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