La mobilité au cœur des préoccupations

Créer des parkings c’est agir sur le symptôme, pas la racine du mal

La vallée victime de son succès

À chaque période d’ultra-haute saison, les mêmes scènes reviennent: les files de voitures sur la Route blanche et aux abords de Chamonix, les parkings saturés, les habitants contraints d’ajuster leurs activités ou leurs horaires. La vallée de Chamonix est victime de son succès, mais le tourisme est aussi sa force économique, ce qui place la mobilité au cœur des préoccupations.

Créer des parkings au prix d’attirer toujours plus de voitures

Augmenter la capacité routière, en créant des routes ou des places de stationnement, c’est attirer davantage de voitures dans la vallée. Le soulagement sera éphémère, mais l’appel d’air créé invitera rapidement davantage de trafic. C’est le cercle vicieux du trafic induit.

Chaque voiture supplémentaire a un coût en termes d’espace, de temps, de tranquillité, d’émissions et de santé. Construire un parking consomme aussi des dizaines de milliers d’euros d’argent public par place et renforce la tendance au bétonnage et à l’artificialisation de notre territoire.



Attirer davantage de piétons en continuant à développer des transports en commun

La vallée de Chamonix a la chance d’être desservie par le train. Une infrastructure qui a été préservée et régénérée grâce à l’engagement des élus locaux et qui permet de faire circuler un train toutes les 30 mn dans chaque sens entre Les Houches et Vallorcine. De nouveaux financements, déjà sécurisés, doivent permettre de terminer la modernisation de la ligne pour viser, à terme, un train toutes les 20 mn par sens.

La vallée a par ailleurs engagé une nouvelle phase de développement de son réseau de bus. Le contrat 2024-2029 a augmenté les fréquences, les kilomètres commerciaux, les amplitudes horaires et amélioré l’information voyageur. Résultat : plus de 3 millions de voyageurs par an empruntent ce réseau.

Train et bus transportent déjà, au cumulé, 4 millions de voyageurs par an, à l’échelle de la vallée. Une base solide pour amplifier le report modal et répondre à la problématique du “dernier kilomètre”. Il faut continuer sur cette lancée d’avenir et investir notre énergie et nos budgets dans ces solutions aussi efficaces que vertueuses.

La transition amorcée

Parmi les actifs résidant à Chamonix, la transition est sur la bonne voie. La voiture représente moins de 50% de leurs trajets domicile-travail, la marche 21%, les transports en commun 14% et le vélo près de 7%. Près de 10% des actifs n’ont pas besoin de se déplacer.

Six leviers concrets pour une mobilité efficace et apaisée dans la vallée de Chamonix

Plus de 5 millions de personnes (58% l’été et 42% l’hiver) sont des excursionnistes à la journée. En haute saison, ceci représente plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par jour. Pour absorber ces pics de mobilité touristique, la stratégie doit privilégier le report modal avant même l’entrée dans la vallée, avec des solutions lisibles et attractives:

Pack moblité

Inciter au report vers le train dès le kilomètre zéro avec un pack mobilité “tout-en-un”, une formule “Journée à Chamonix” incluant aller-retour train, mobilité locale et avantages (réductions activités, remontées, musées), avec un tarif simple et lisible.

Avant l'arrivée

Rendre ce pack mobilité accessible avant l’arrivée, en le proposant systématiquement au moment de la réservation d’un hébergement, billet ou forfait.

Appli et signalisation

Proposer une information “orientée décision” via une appli qui, pour chaque arrêt de train/bus, donne des informations sur les attractions, commerces (réductions, horaires, accès). Sur le terrain, apposer une signalisation piétonne (ex: gare des Praz – Flégère, ou gare d’Argentière – Grands Montets). Information absente actuellement.

Tarification parkings

Réguler le stationnement, via une tarification et des règles ciblées sur les pics, qui soient lisibles et assumées comme un outil de gestion du trafic automobile, tout en continuant à offrir des solutions spécifiques pour les acteurs locaux.

Priorité bus

Fiabiliser les transports collectifs, notamment sur les tronçons sensibles, en accordant une priorité pour les bus sur les sections congestionnées, voire en aménageant des voies en site propre.

Aménagements cyclables

Faire du vélo le mode évident pour les trajets courts pour celles et ceux qui le peuvent, en améliorant les infrastructures cyclables, leur continuité et leur sécurité, le stationnement et la connexion avec les transports en commun.

Agir aussi sur le logement

La mobilité se joue aussi dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU) et la politique de logement, qui doivent favoriser le logement permanent: rapprocher emploi et logement, pour permettre aux ménages qui travaillent dans la vallée d’y vivre. Ceci a des effets vertueux sur les besoins de déplacements.

Des initiatives concluantes à dupliquer

Plusieurs territoires incitent les excursionnistes à arriver en montagne sans voiture, en rendant la chaîne de mobilité simple et attractive, avec des incitations tarifaires:

Avec Skirail, la Région Occitanie propose un billet unique “des quais aux pistes” combinant aller-retour en train liO, transfert gare-station et forfait remontées mécaniques, pour 12 stations pyrénéennes, au départ de Toulouse, Tarbes, Pau, etc. Il inclut une réduction pouvant aller jusqu’à 70 % selon la formule. Sur la saison 2024-25, 23 400 forfaits ont été vendus, soit +30 % par rapport à la saison précédente.

En PACA, le Train des Neiges propose un pack aller-retour TER + navette en car vers les stations des Alpes du Sud, sur une fenêtre de week-ends (hors vacances scolaires) à prix fixe (20 € adulte, 7,50 € enfant).

En Auvergne-Rhône-Alpes, le TER +Neige offre 40% de réduction sur les billets dès 2 personnes, vers 4 destinations (Les 3 Vallées, St Gervais, Le Lioran et Les Arcs). Certaines stations offrent une réduction allant jusqu’à 15% sur le forfait de ski sur présentation d'un billet TER et la gratuité sur l’accès à la station depuis la gare. Et ça marche : aux Arcs, la part de visiteurs venus en funiculaire est passée de 19% en 2019 à 25% en 2024.

Ce type de dispositif doit être étendu et proposé aux vacanciers de la vallée de Chamonix.


Pour une vallée plus agréable au quotidien et plus attractive

Quand l’espace est limité, l’efficacité vient de l’organisation et de l’offre d’alternatives, pas de l’ajout de mètres carrés de bitume. Moins de voitures, c’est aussi moins de bouchons pour ceux qui doivent rouler, comme les artisans, les urgences, les livraisons ou les services.

Le jeu en vaut la chandelle, car une baisse modérée du trafic peut fortement réduire la congestion. Sur le périphérique parisien, une étude récente associe une baisse de seulement 5% du trafic à une réduction de 27% des embouteillages.

Développer les aménagements cyclables est bénéfique pour l’économie locale. 1 € investi dans le vélo soutient environ 2,5 € de chiffre d’affaires local. Le vélo a aussi des bénéfices pour la santé et le bien-être évalués à 0,8 €/km parcouru. Son utilisation réduit l’usure des infrastructures routières et permet de considérablement rallonger leur durée de vie.

Inspire est une association environnementale de la vallée de Chamonix, spécialisée dans les questions de transports et de mobilité, depuis 30 ans. Elle a plusieurs publications à son actif dont l’Éco-guide de l’autoLe vélo, c’est du propre.
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