2e tube au Mont Blanc, c’est toujours N🚫N

Une annonce fracassante dans les médias

Les ministres français et italien des Affaires étrangères ont lancé l'idée d'un nouveau tube au tunnel du Mont Blanc et créé un "comité technique" pour y réfléchir, ont annoncé les médias en janvier 2025. Le gouvernement d'Elisabeth Borne avait pourtant ré-affirmé l'opposition de la France à la création d'un 2e tube et nous pensions cette menace définitivement écartée.

Or, l'écologie ayant été enterrée par les gouvernements suivants, le spectre du doublement du tunnel routier du Mont Blanc refait surface en France pour la première fois depuis l'abandon du projet dans les années 1990.

La pollution de l'air est responsable de 10% des décès annuels dans la vallée de l'Arve et les Alpes du Nord sont déjà à +2,5° de réchauffement, c'est bien évidement dans le ferroviaire que la France doit investir et pas dans un nouveau projet routier gigantesque et coûteux.

Réalité, malentendu ou test politique de la part de l'Italie?

Le maire de Chamonix annonce avoir immédiatement échangé avec les ministres des Affaires étrangères et des Transports. "Ils m’ont assuré qu’ils restent sur la position de leurs prédécesseurs et doivent nous faire parvenir un courrier confirmant ce propos", précise Eric Fournier.

Le sujet est à l’étude affirme le ministre des Transports

Loin d’être rassurant, ce courrier montre qu’une ligne rouge a été franchie. Il confirme que le sujet est bel et bien en cours de réflexion, et ce depuis 2023, sans que le territoire concerné en soit informé et encore moins consulté.

Le courrier est limpide :

“Le comité technique, dont il a été fait état le 7 février dernier et qui a été lancé par une initiative conjointe en 2023, est un groupe de travail placé sous l'égide de deux experts français et italien. Son mandat n'est pas d'étudier la seule opportunité et la faisabilité d'un second tube au tunnel du Mont-Blanc, mais de travailler à une réflexion globale à l'échelle des liaisons alpines sur la résilience des infrastructures et la décarbonation des transports routiers.”

Une réflexion lancée dans notre dos

La porte est donc grande ouverte au 2ème tunnel, pour la première fois depuis l'abandon du projet de doublement dans les années 1990. Jusqu’à présent la position de la France était ferme et sans cesse réaffirmée : pas question de creuser un 2e tube routier sous le Mont Blanc. Le courrier du gouvernement actuel ne donne aucune assurance et encore moins de garantie que la France soit aujourd'hui opposée à un tel projet, bien au contraire.

Pourquoi cette réflexion a-t-elle lieu en catimini depuis 2 ans sans concertation avec les territoires concernés et quelle est sa justification alors que les Alpes sont déjà touchées de plein fouet par le changement climatique et la pollution de l'air ?

Chamonix et Passy s’opposent au doublement du tunnel

Le contenu du courrier du Ministre des transports a poussé le Conseil municipal de Chamonix à adopter à l'unanimité une motion réaffirmant "son opposition ferme et résolue à tout projet de doublement du tunnel du Mont Blanc, et plus largement de toute création de nouvelles infrastructures routières en vallée de Chamonix." Dans cette motion du 18 février 2025, les élus rappellent "la nécessité d’une politique déterminée de report de la route vers le rail, souhaitée depuis 25 ans et sans cesse différée. Le tout-routier ne peut plus être une politique d'avenir pour les vallées alpines."

Le Conseil municipal de Passy a emboité le pas des élus de Chamonix et voté une motion de solidarité, "réaffirmant son opposition totale à tout projet de doublement du tunnel du Mont-Blanc”, le 27 février 2025.

Pour le maire de Servoz, “il y a, en politique, un élément fondamental qui s’appelle l’acceptabilité. Celle d’un doublement du tunnel du Mont-Blanc est impossible côté français. Je suis convaincu qu’une telle mesure pousserait la population locale à bloquer les routes, quitte à faire de toute la vallée une zone à défendre”.

L'histoire se répète-t-elle?

En novembre 1946, le Canard Enchaîné révélait les dessous de la construction du tunnel routier du Mont Blanc, alors qu’avant la guerre, c’est une liaison ferroviaire sous le Mont Blanc qui était en projet. Les travaux étaient lancés côté italien "une sourde explosion, celle de la première mine, a ébranlé les chalets d'Entrèves le 15 mai dernier" affirme le journal.

"Une galerie de plus de 100 mètres a été creusée, une cité de bois s'est dressée pour les 2.000 ouvriers embauchés, les perforeuses rongent chaque jour une dizaine de mètres de terre", continue l'hebdomadaire.

“En France, une opposition très nette s'est manifestée dans les milieux officiels : elle s'est même traduite par une mise au point du ministre des Travaux publics diffusée par la radio d'Etat et disant : «Il est inexact que le gouvernement français ait pris un engagement quelconque au sujet du financement de l'opération, ou qu'il soit disposé à autoriser l'établissement d'une route à péage.»”

Et le journal de conclure : “Malgré cette mise au point officielle, il nous paraît difficile d'admettre que les Italiens ont entrepris ces gigantesques travaux sans avoir reçu préalablement des assurances du côté français.”

Anne InspireCommentaire