Le changement est à portée de main

C’est physique: un système tel que le nôtre, où tous les indicateurs sont à l’exponentielle (croissance, exploitation des ressources naturelles, démographie, consommation, intelligence artificielle...), se dirige inexorablement vers sa chute. Fort heureusement, une nouvelle civilisation est déjà en train de naître.



La culture occidentale techno-centrée en déclin

En 1960 déjà, le scientifique austro-étatsunien Heinz von Foerster avait calculé la fin du système culturel occidental centré sur les techno-sciences à 2026, avec une marge de plus ou moins 5,5 années. D’après ses calculs, la fin de ce système est donc imminente et ne saurait se prolonger au-delà de 2032, car il est physiquement impossible d'aller perpétuellement vers l'infini dans un monde fini.

En 1971, le mathématicien et économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen publiait "La loi de l'entropie et le processus économique", démontrant que l’économie, tributaire de ressources naturelles finies, est soumise aux lois de la thermodynamique, notamment celle de l’entropie. Pour faire simple, dans notre système clos fortement dépendant des énergies fossiles aux stocks limités, l’énergie utile est continuellement transformée et finit inévitablement par se dégrader en chaleur dispersée, moins utilisable, et ce, de façon irréversible. Ce processus génère des pollutions, le réchauffement climatique et des impacts sanitaires, soit une augmentation du "désordre" (c'est la définition de l'entropie). Le chaos induit est ici d'ordre écologique et social.

En 1972, à la demande du Club de Rome, quatre jeunes scientifiques rédigeaient le rapport Meadows sur les limites de la croissance dans un monde fini, devenu un best-seller mondial. Trente ans plus tard, les données sur l'expansion économique sans limites et l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels confirment leurs prédictions et sont consignés dans un rapport mis à jour. "Il y aura davantage de changements - sociaux, économiques et politiques - dans les vingt ans à venir que durant le siècle passé", prévenait Dennis Meadows en 2012.

D’autres voix, plus philosophiques et intuitives, annoncent aussi une telle (r)évolution. Or, dans un monde dominé par le cartésianisme et la croyance aveugle en la croissance et le technosolutionnisme, elles peinent à percer. Le train est pourtant déjà lancé et rien ne l’arrêtera.

À nous, individuellement et collectivement, de choisir comment affronter ce nouveau paradigme : par la lutte, la résistance, le déni ou la violence… ou bien par la co-création d’un système fondé sur autre chose que la techno-science globalisée, la prédation des ressources naturelles et l’obsession du profit, de l’efficacité et du "toujours plus".

Une période à haut risque

L’effondrement de notre système, ses structures, ses valeurs, son conditionnement, sa domination par une élite ultra-minoritaire, est déjà bien bien amorcé.

Face à la perte de repères qui découle des changements profonds en cours, de nombreuses personnes sont perdues, affolées, anxieuses. Certaines se laissent séduire par des discours simplistes, rassuristes, populistes, voire extrémistes. C'est compréhensible et naturel, car le changement profond de société fait peur. Cette période de transition est donc risquée et corrélée à la tentation d'une dérive vers l'autoritarisme et la violence.

L'éclosion du nouveau système a déjà commencé

Les perspectives d'avenir sont à trouver dans les nouveaux modèles qui se mettent en place : l’économie sociale et solidaire, l’agro-écologie, l'artisanat, ou encore les associations et collectifs divers et nombreux qui foisonnent dans la société. Ces systèmes alternatifs se déploient aujourd’hui à petite échelle et de façon dispersée, mais portent les germes d'une société plus équitable, démocratique, conviviale et véritablement fraternelle.

Il faut aller à la rencontre de ces initiatives, les soutenir, et même s'y engager. C’est en agissant ensemble que l’angoisse du précipice peut se transformer en un élan collectif vers un avenir riche de vie, de promesse, de partage, de nourriture (matérielle et spirituelle) et d'épanouissement pour toutes et tous.

Face au désespoir dans lequel nous plonge l'actualité nationale et internationale, reprenons pied ensemble et co-créons un nouveau système, viable et vivable. C'est au niveau local que notre impact peut être le plus direct, gratifiant et dynamisant, tout en gardant toujours un oeil sur la vision globale à 360°.

La vision d'Inspire pour 2026

Inspire adhère et prend part à cette vision depuis de nombreuses années, notamment dans le domaine environnemental. D’autres associations locales l'ont adoptée dans la sphère sociale, culturelle et économique. De nombreuses graines semées par ces associations pionnières sont désormais des plantes en pleine croissance. Relions ces initiatives et ensemble, construisons ce nouveau modèle, fondé sur des valeurs profondément inspirantes, telles que la justice, la solidarité, l'écologie, la créativité et la bienveillance.

Edgar Morin qualifie ces initiatives multiples d'oasis de vie. "Aujourd’hui, il s’agit de changer de voie, d’élaborer une nouvelle voie et cela dans et par le développement de la nouvelle civilisation, qu’incarnent déjà tant de bonnes volontés de tous âges de femmes d’hommes, et qui dessine des nouvelles formes dans les oasis de vie", explique le sociologue et philosophe français. "Aujourd’hui, il faut comprendre l’alternative : nouvelle civilisation ou barbarie", conclut-il dans un article de blog de 2015, plus que jamais brûlant d'actualité.

Ceci n’est pas une carte de vœux mais la déclaration d’intention d'Inspire pour 2026, trentième année d’existence et d’activité de l'association. En espérant que cette vision vous (en)chante et vous pousse à nous rejoindre et à nous soutenir dans cette entreprise collective passionnante.

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