LA LIGNE FERROVIAIRE EXISTANTE SOUS-EXPLOITÉE

Les capacités ferroviaires existantes pour la traversée des Alpes du Nord par les marchandises sont sous-exploitées, alors que les vallées alpines souffrent d’une forte pollution de l’air. Le report d’une partie du transport de marchandises routier sur la ligne existante du Mont Cenis, entièrement électrifiée, est la seule alternative véritablement propre, à court terme, pour la traversée des Alpes par les marchandises. Qu’est-ce qu’on attend pour exploiter ces capacités?

Environ 3 millions de tonnes de marchandises circulent actuellement chaque année sur la ligne ferroviaire transalpine du Mont Cenis en Savoie. Ses capacités sont pourtant de 15 millions de tonnes par an, selon les chiffres de SNCF Réseau et de la Cour des comptes. Sur cette ligne a été mis en place un service d’Autoroute Ferroviaire Alpine (AFA) en 2003, afin de charger les camions ou remorques sur des navettes pour la traversée des Alpes entre Aiton (près de Chambéry) et Orbassano en Italie, sur un parcours de 175 km. Dans sa phase expérimentale qui perdure depuis 2003, l’AFA propose 4 à 5 allers-retours chaque jour. En Suisse, le système de ferroutage est régulièrement utilisé pour la traversée des Alpes sur des lignes de montagne d’une pente similaire à celle de la ligne historique.

Les travaux terminés depuis 2012

Des travaux de grande ampleur ont été réalisés sur une période de 10 ans (renouvellement de voies, renforcement de voûtes des ouvrages d’art, remplacement de tabliers de ponts), afin de régénérer la ligne ferroviaire existante sous le Mont Cenis. Près d’1 milliard d’euros ont ainsi été investis dans cette ligne, qui a été ouverte en juin 2012 au gabarit GB1.

AFA

Sortir de la phase expérimentale

Le service d’Autoroute Ferroviaire Alpine est maintenu en phase expérimentale depuis 2003, avec des capacités de chargement de seulement 30 000 remorques ou camions par an. Ses capacités seraient pourtant de 300 000 poids lourds par an, en phase pleinement opérationnelle, ce qui permettrait de soulager les vallées alpines de l’Arve et de la Maurienne de 25% chacune du trafic poids lourds en transit vers les tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus. Si, de surcroit, le développement de ce service était assorti d’une interdiction de circulation des poids lourds les plus polluants dans les tunnels et sur les cols alpins, l’effet positif sur la qualité de l’air serait proportionnellement encore plus important.

Immobilisme

Pourquoi les États français et italien continuent-ils de sous-exploiter les capacités de la ligne du Mont Cenis et du service d’Autoroute Ferroviaire Alpine? Les associations de Savoie et de Haute-Savoie ne cessent de demander la montée en puissance de l’AFA et son prolongement avec une plateforme de chargement dans la zone d’Ambérieu-en-Bugey. Des chargements encore plus en amont des Alpes pourront en découler, comme à Dijon, ainsi qu’envisagé lors du lancement de l’expérimentation de l’AFA, pour une offre beaucoup plus pertinente au niveau économique, comme au niveau environnemental, sur ces distances plus longues. D’autre part, il est temps de réellement relancer le fret ferroviaire en France et d’exploiter toutes les capacité de la ligne du Mont Cenis (fret ferroviaire classique et combiné). 19 millions de tonnes de marchandises transitent actuellement par la route au Mont-Blanc et au Fréjus. Avec ses capacités de 15 millions de tonnes, cette ligne pourrait offrir aux vallées alpines un réel bol d’air.

Un enjeu de santé publique

La vallée de l’Arve fait partie des 12 zones françaises pour lesquelles la Commission européenne considère que la France n’a pas mis en place des mesures ambitieuses et efficaces pour limiter la pollution au dioxyde d’azote. La France sera poursuivie devant la Cour de justice européenne pour non-respect des valeurs limites pour ce polluant d’origine routière. Dans la vallée de l’Arve, 70% des émissions de dioxyde d’azote proviennent des transports, principalement des moteurs diesel.

L’amélioration de la qualité de l’air en Savoie et Haute-Savoie exige que des réponses soient enfin données pour amorcer le report vers le rail d’une partie du trafic routier.

Le transport routier trace sa route

La mise en service de la galerie de sécurité du tunnel routier du Fréjus à la circulation routière progresse et les capacités à travers les Alpes seront ainsi mécaniquement augmentées, alors que la Convention Alpine, ratifiée par la France, interdit toute augmentation des capacités routières pour la traversée des Alpes. Au Sud des Alpes, les travaux de doublement du tunnel de Tende ont débuté et la «vallée des Merveilles» risque d’être, elle aussi, sacrifiée et transformée en couloir à camions.

Le Lyon-Turin n’est pas la solution

Promis pour 2012-2013 au moment de la réouverture du tunnel du Mont-Blanc en 2002, ce projet est aujourd’hui en phase de travaux de reconnaissance. Il n’est pourtant pas prêt de voir le jour et le fameux report vers le rail devra encore attendre jusqu’en 2025-2030, et ce, à condition qu’une véritable politique des transports en faveur du report vers le rail soit mise en place. La Cour des Comptes, dans son référé du 01/08/2012 sur le Lyon-Turin, a émis des avis critiques sur ce projet, en particulier concernant son coût, son pilotage et sa rentabilité socioéconomique négative. Elle conclut avec deux recommandations : «de ne pas fermer trop rapidement l'alternative consistant à améliorer la ligne existante» et «d'étudier les mesures éventuellement contraignantes de report de la route vers le rail», si le projet devait être poursuivi.

Quelques données (Source Alpinfo)

Trafic routier

Alpes du Nord françaises : 19 Mt de marchandises par an (Mont-Blanc et Fréjus)

Trafic routier Alpes

Trafic ferroviaire

La ligne existante du Mont Cenis utilisée à hauteur de 3 Mt, pour des capacités de 15 Mt

Trafic ferroviaire sur 10 ans - Lignes du Mont Cenis et de Vintimille (Source : Alpinfo 2017)

Mont Cenis Vintimille 10 ans

Une exception française dont on se passerait bien

Le transport de marchandises dominé par la route pour la traversée des Alpes en France. En Suisse, l’inverse est vrai.

Rail route alpes