La qualité de l’air menacée par l’explosion du trafic routier

Le dioxyde d'azote en augmentation

Le polluant traceur de la pollution routière, en particulier des émissions des moteurs diesel, le dioxyde d’azote (NO2), a augmenté de +4% en 2017 le long de la route d’accès au tunnel du Mont-Blanc, malgré la météo favorable à la dispersion des polluants. La moyenne annuelle le long de l’accès au tunnel du Mont-Blanc s’est établie à 49µg/m3 d’air en 2017, bien au-delà de la norme européenne de 40µg/m3 d’air à ne pas dépasser. Source ATMO Auvergne Rhône-Alpes

La France est en phase de contentieux européen dans de nombreuses zones en France, dont la vallée de l'Arve, concernant ce polluant routier.

2017 une année record pour le tunnel du Mont-Blanc

Le trafic poids lourd a connu une augmentation +8% en un an. 620 000 camions ont emprunté le tunnel du Mont-Blanc en 2017, soit niveau le plus élevé depuis la réouverture du tunnel en 2002. Cette tendance se confirme en janvier 2018, avec une hausse explosive de +18% de poids lourds par rapport à janvier 2017. 53.856 poids lourds ont emprunté le tunnel en janvier 2018 contre 45.762 en janvier 2017, avec des pointes de 2.700 camions par jour en milieu de semaine. Source Tunnel du Mont-Blanc

La croissance qui profite aux importations

Le retour de la croissance, dans une économie française ultra-délocalisée, se traduit avant tout par une explosion des importations et du trafic routier et donc de la pollution de l’air et des émissions de gaz à effet de serre, sans parler de l’accroissement du déficit de la balance commerciale... 
Selon l’économiste Patrick Artus «Quand la demande augmente d’1 euro, les importations croissent de 70 centimes et la production domestique de seulement 30 centimes». Une théorie qui se confirme, de façon visible, le long des axes routiers et au passage du tunnel du Mont-Blanc. La croissance du trafic est beaucoup plus rapide que la croissance économique...

Mieux faire payer les coûts du transport routier

Le transport routier de marchandises, dont les coûts liés à l’usure des routes, le bruit, la pollution de l’air et les émissions climatiques sont payés en grande partie par les contribuables, a bénéficié ces dernières années de plusieurs cadeaux supplémentaires, qui ont amplifié son avantage compétitif:

  • Baisse de la taxe à l’essieu et autorisation de circulation des camions de 44 tonnes, pour compenser l’arrivée de l’écotaxe, la mal nommée redevance poids lourds, tombée sous l’action des bonnets rouges. 
  • La non-mise en place au final de cette écotaxe en France, alors que beaucoup de nos voisins européens appliquent une telle redevance: la Belgique, l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche…
  • Pire, le gazole professionnel échappe à l’augmentation de la Contribution Climat Énergie depuis 3 ans déjà (2016, 2017 et 2018). Cette exonération fiscale pèse lourd, puisqu’elle représente 6 centimes d’€ par litre de carburant en 3 ans.

 

 

Utiliser les capacités ferroviaires existantes

Alors que les vallées alpines subissent l’assaut de toujours plus de poids lourds, les capacités ferroviaires pour la traversée des Alpes sont exploitées à seulement 20% de leur potentiel. La ligne existante du Mont Cenis a pourtant été rénovée en 2012. Ses capacités, d’après les experts suisses incontestables de l’EPFL, sont de 15 millions de tonnes de marchandises par an. Or, seules 3,2 millions de tonnes utilisent annuellement cette ligne aujourd’hui.

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La ministre des transports avait annoncé, à Chamonix le 29 septembre 2017, vouloir développer rapidement le trafic sur cette ligne ferroviaire. Les vallées alpines continuent de souffrir d'une mauvaise qualité de l'air en attendant de voir se concrétiser le report vers le rail d’une partie du transport de marchandises. Les deux rapports remis récemment au gouvernement concernant les infrastructures de transports et le ferroviaire, ne sont pas réjouissants. Ils préconisent au contraire la contraction du transport ferroviaire en France, perspective inacceptable pour les habitants des régions alpines.

Mobilités du quotidien : Répondre aux urgences et préparer l’avenir, rapport du Conseil d’orientation des infrastructures, présidé par Philippe Duron, 30 janvier 2018.

L’avenir du Transport ferroviaire, rapport de la mission conduite par Jean-Cyril Spinetta, 15 Février 2018.